Le vendredi 08 septembre 2006

Un «Soupçon» d'Asie au coeur de Wakefield

Pierre Jury

Le Droit

Il fallait que le chef Alain Bélair ait du cran pour ouvrir un restaurant dans un local si minuscule. Mais l'endroit avait un certain charme. Il en a fait une adresse courue des gastronomes. Il ne fallait pas moins de cran lorsque Tanya Skeates a décidé de prendre la relève et de rebaptiser l'endroit Soupçon.

Les comparaisons sont inévitables entre ces deux établissements qui se sont succédés dans cette petite maisonnette au coeur de Wakefield. Et le talent du chef Bélair en aurait intimidé plus d'un (et d'une). Mais pas Tanya Skeates qui est entrée dans la cuisine de Bélair sur la rivière avec l'idée d'en faire son Soupçon, avec sa cuisine bien à elle.

À ce niveau, c'est pari superbement relevé.


 

Bélair sur la rivière et Soupçon sont deux restaurants très différents qui ciblent des marchés différents. Seul l'endroit est le même. De petites tables toutes simples, à peine 15 places à l'intérieur. On y mange littéralement dans la cuisine, et on admire le travail de cette Montréalaise diplômée de l'ITHQ qui a roulé sa bosse entre Toqué !, le Café du CNA, le Black Cat Café et le pub Manx (!).

Alain Bélair jouait la carte des ingrédients biologiques et d'une cuisine extrêmement inventive. Avec des accents internationaux, Tanya Skeates a pris l'un de ces accents, celui de la Thaïlande, et l'a joué à fond. Des plats axés sur le goût, bien équilibrés, économiques à faire... et abordables pour les clients. Au menu estival, rien ne dépassait 18 $. La norme, c'est 14 $. À l'époque de Bélair, c'était 10 $ de plus. Cela explique que Soupçon s'est taillé une niche dans les plats à emporter.

Notre premier contact a laissé un goût un peu amer. C'était un samedi soir, il était à peine passé 21 h lorsque nous avons débarqué chez Soupçon. Partout ailleurs, la soirée ne faisait que commencer. Chez Soupçon, un très poli «Désolé !, nous sommes fermés. Vous pouvez revenir demain, mais réservez tôt si vous ne voulez pas être déçus.»

À 15 places, on comprend que la salle s'emplit vite. Mais barrer la porte à des clients qui arrivent à 21 h 10 ? C'est la loi de la maison. Le lendemain, nous avons écouté. Arrivés à 19 h tapantes. À 20 h 40, nous fermions la place. Tous les autres clients étaient partis. C'est qu'on se couche tôt à Wakefield !

La table d'hôte de quatre services à 33 $ vaut la peine. C'est une bouffe qui comble et les desserts sont bons, mais lourds. Personne n'en redemande.

La soupe piquante aux champignons n'est pas crème mais bien soupe : originale et bien relevée aux piments forts. Un mariage qui avertit que le goût passe ici avant tout. La salade est fraîche, la vinaigrette finement relevée au gingembre.

Le jeune adjoint qui a fait les rouleaux printaniers en était visiblement à ses premiers pas. La saveur est là mais pas la maîtrise : ce sera le seul faux pas de la soirée.

Mon généreux filet de boeuf a été mariné au tamari (18 $), ce qui lui donne un relief surprenant. Au point où l'ajout d'un peu de pesto en garniture devient totalement superflu. Le tout est servi sur lit de roestis suisses. Ma compagne jubile devant des nouilles à la Singapour, avec des crevettes fraîches qui explosent en bouche.

Facile à faire ? Pas tant que ça. Les pâtes, oui, mais le défi demeure l'équilibre de ces sauces où noix de coco, piments et épices se marient. La chef Skeates, qui est allée se perfectionner en Thaïlande, a de toute évidence rapporté de bonnes notes de cours.

La carte des vins est aussi petite que la salle mais on saura trouver quelque chose pour se désaltérer. On s'étonnera de ne voir ni pain (!), ni sel ni poivre sur les tables. Le service est très, très amical, ce qui n'est pas étonnant où l'on joue quasiment du coude avec les autres convives et où la toilette est carrément au milieu des cuisines...

Pour deux personnes, prévoyez entre 35 et 45 $. Plus consommations, taxes et service.

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Soupçon
759, promenade Riverside
Wakefield, Québec
(819) 459-1445